ANTRAIGUES

 
Ferrat repose désormais dans « sa montagne » après avoir été accompagné par la foule des amis. J’aurai aimé y être, un rendez vous que je ne pouvais déplacer m’en a empêché, Je n’ai pu reprendre cette petite route qui relie Aubenas au mont Gerbier des joncs, comme je l’avais fait quarante deux ans plus tôt, en 1968,  « aux cent fleurs du moi de mai ». Je conduisais une vieille 403 pourrie que nous avait prêté le père d’un copain. Dans la « folie » de Mai, nous avons pris la décision tout à fait saugrenue de planter un drapeau rouge aux sources de la Loire. Et ben oui !!! Que voulez vous, il faut nous pardonner, nous étions jeunes et notre occupation du lycée d’Aubenas s’éternisait. Nous espérions voir tôt ou tard les CRS venir nous déloger, mais ils n’avaient rien à faire d’une poignée de « contestataires » isolés. Ferrat 03.jpgComble du ridicule, les gendarmes nous saluaient gentiment tous les matins en passant. Ça ne pouvait pas durer, il nous fallait frapper un grand coup, le mont Gerbier des Joncs nous semblait une cible parfaite, symbole d’un enseignement scolaire qui des « siècles » durant avait martelé dans les crânes des écoliers que la Loire était le plus long fleuve de France avec ses 1020 km et ses 1408 mètres d’altitude à sa source. Dans un premier temps nous avions projeté d’y jeter de la fluorescéine, mais à bien y réfléchir ce n’était pas une idée lumineuse. Allez donc expliquer la symbolique d’une couleur verte en pleine révolution sociale. Nous nous étions donc rabattus sur le drapeau rouge, pour une raison évidente : nous en avions un sous la main.
Et c’est comme ça que l’aventure avait commencée avant de se terminer à quelques encablures de l’objectif. Il y avait encore un bon mètre de neige sur le Gerbier des Joncs et la source était inaccessible. Que cela ne tienne, nous avions de la colle et des affiches dans le coffre, nous allions placarder tout ça dans les villages en redescendant, à commencer par Antraigues qui était sur notre route. Et puis passer dans ce village sans faire un détour pour saluer Ferrat, c’était inconcevable. Par chance,il était là.
Je dois dire qu’il nous a bien reçu, il nous a offert un café et nous a interrogé sur nos projets. A vrai dire, nous n’en avions pas vraiment, nous prêtions à rire, mais je crois que notre enthousiasme  lui plaisait. Nous sommes repartis dans la vieille 403, heureux comme des gamins que nous étions. Nous avions rencontré Ferrat !!!! imaginez donc !!



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