Mon Grand Père Paternel et la Résistance

 
 
Durant cet été, je suis allé faire un peu de tri dans le studio que mon père occupe à la maison de retraite. Je devais retrouver des papiers dans son fouillis, et malheureusement il n’était plus en capacité de me guider.
Lorsque j’ai enfin mis la main sur son livret de famille, j’ai eu la surprise de découvrir dans une pochette contenant des lettres, celles que mes grands parents avaient échangées entre eux et avec leurs enfants pendant l’exode après qu’ils aient été séparés. J’en ignorai complètement l’existence, j’étais pourtant déjà dépositaire du cahier sur lequel Maurice, mon grand-père, surnommé « Popeye » par ses enfants, avait écrit ses mémoires. Mon oncle Pierre, m’avait quant à lui, confié le carnet de route et des lettres de mon Grand-oncle Jean, tué le 30 juin 1918, dans les combats qui marquèrent le début de la seconde bataille de la Marne. J’ai compris par la suite que mes parents en avaient pris possession à la mort de ma tante Janine en 1998. Je dois avoué que j’ai éprouvé une certaine surprise du fait qu’ils ne m’en ont jamais parlé alors que j’étais déjà considéré comme le dépositaire de la mémoire de la famille par l’ensemble de celle-ci. Mais ceci est une autre histoire.
Revenons-en à ces lettres d’exode. Bien entendu je connaissais le passé de résistant de mon grand-père (et de sa famille), je savais aussi, que se trouvant à Saint Lô, en juin 40 il avait failli rejoindre Londres, avant l’appel du 18 Juin, pour échapper à l’avance allemande mais j’ignorai que c’était aussi avec l’intention de rallier De gaulle.   
J’écris cela, parce que comme tout le monde, j’ai toujours entendu dire que De gaule, en Juin 1940, était pratiquement un inconnu pour la plus part des français. Il s’était distingué le 17 Mai en repoussant les troupes allemandes à Montcornet, avant de devenir sous secrétaire d’état à la guerre et à la défense nationale le 6 Juin en peine débâcle, pour être démis de ses fonctions 10 jours plus tard à l’arrivée au pouvoir de Pétain. Certes, le hasard veut que « Popeye », en tant que contrôleur des contributions indirectes, fût en poste à Montcornet lors de l’offensive allemande du 10 Mai 1940, mais je doute fort qu’il est eu le temps, ni même l’occasion de sympathiser avec le général.
Quelle ne fut donc pas ma surprise, de découvrir une lettre datée du 13 Août 1940, adressée à sa fille Janine, dans laquelle il écrit qu’il a trouvé une condition physique suffisante « A ce train là, je serai tout en fait en forme le cas échéant pour seconder le Général de Gaulle ». Dans d’autres courriers il approuve le comportement de sa fille Janine qui vient de participer avec d’autres jeunes à une action d’opposition à l’occupation. Ses commentaires sur ceux (en France) qui se satisfont, voir qui se réjouissent de celle-ci sont sans ambiguïté. Ce qui est le plus impressionnant dans ces lettres et ces revendications résident dans le fait qu’il les rédige et les adresse dans la zone occupée.
Je vous parle de mon grand père, mais que dire des courriers de ma grand-mère relatant « son occupation personnelle ». Elle s’est vue imposer la présence de six soldats allemands chez elle qu’elle reçoit tellement mal et avec tant de protestations qu’un officier lui en impose six de plus en représailles.  Elle ne garde pas pour autant sa plume dans sa poche, et ne se gène guère pour dire tout le mal qu’elle pense d’eux dans ses lettres.
La résistance active commence peu avant la rentrée des classes, lorsque « Popeye » confia une mission à ses deux fils.
Les armées françaises en déroute avaient abandonné une grande partie de leur matériel sur les routes de France, certains soldats, par compagnie entière, avaient même jeté aux orties leur uniforme et leur équipement individuel, y compris les armes. Les bois de LONGPONT, (Village de l’Aisne où la famille réside) avait été le théâtre de l’un de ces strip-teases collectifs, laissant sur place de quoi équiper « l’armée de la revanche » à la quelle POPEYE rêvait déjà. Pendant la guerre de 1914-1918, des français se trouvant en zone occupée avaient fait acte de résistance à l’ennemi, par les armes, l’attentat ou le sabotage, il en serait de même pour cette guerre, qui n’était pas finie, pensait mon grand-père.
Il fallait faire vite, les Allemands n’allaient pas éternellement attendre avant d’opérer le ramassage de tout ce matériel militaire. Mon grand-père avait du reprendre son travail mais ses fils avaient du temps libre, c’est à eux que revint la tache d’aller récupérer ces équipements qui furent si utiles, quatre ans plus tard, à la libération.
« POPEYE » avait peut-être de sérieuses raisons de ne pas aimer les Allemands, mais sa prise de position était autant politique que patriotique. C’était un homme de gauche, se méfiant cependant des communistes, dont il partageait certaines idées, mais qui n’étaient pas assez respectueux de la hiérarchie et de l’ordre social à ses yeux. (Il rejoindra cependant la résistance communiste, les FTPF quand le réseau gaulliste auquel il appartenait sera démantelé).
La guerre, la vraie, il la connaissait, il faisait partie de cette génération qui avait été éduquée pour venger l’affront de 1870. L’école laïque, gratuite et obligatoire avait été crée pour eux, parce qu’un soldat devait savoir lire et écrire, avoir le sentiment d’appartenir à une nation dont il partagerait les valeurs morales. Le jeune conscrit devait savoir parler français, renoncer au patois et autres dialectes locaux.
Ses fils avaient été élevés dans cet esprit, le moment venu, ils se devaient de reprendre le flambeau. Ils étaient des combattants en puissance, éduqués à coup de principes basés sur l’ordre et la discipline et illustrés de devises et de dictons quasi militaires.
…….à suivre. 
 



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