L'Histoire des "Fait caca"

 
Le  monde est ainsi fait que lorsque les pauvres se rebellent, ils finissent par prendre leur revanche, et même si le succès est éphémère, il demeure plus durablement dans les mémoires ; Monsieur THIERS eut beau la fusiller, la commune est triomphante ! ! ! !
Nous étions en pleine guerre d’Algérie, et les mouvements de scouts nous préparaient à être de bons français, luttant pour la Patrie, la Foi et la civilisation contre la barbarie des « Terroristes » et des « Fellaghas ». C’est ainsi que l’abbé Roger, l’aumônier des louveteaux (et principal animateur) imagina un jeu sur ce thème.
 
De courageux parachutistes, les bérets rouges, devaient assurer la sécurité d’un véhicule blindé contenant une forte somme d’argent, dont voulait s’emparer les « Fellaghas » qui, comme tout le monde de sait, étaient avant tous des pillards assoiffés de sang et de billets de banque. Un groupe de terroristes devait faire passer un message à des complices chargés de faire sauter la deux chevaux du curé qui faisait office de Fourgon blindé.
 
Même dans les jeux, la différence de classe sociale se faisait sentir. Le curé avait choisi les fils des notables, pour constituer le groupe des «  parachutistes » quant aux autres, c’est à dire nous, les miséreux, ils devinrent les « Fait Cacas ».
 
Un « traite » devait livrer les horaires et le trajet du convoi aux terroristes tandis que ses « complices » dont j’étais, faisait diversion. Le combat eut lieu dans les bois environnant. Rapidement repéré par les bérets rouges, je me livrais à un duel « au foulard » contre un « para » quand un autre, contrairement aux règles arracha mon foulard par derrière. Je fus donc fait prisonnier malgré mes protestations qui n’aboutirent pas, les Mansart (notable parmi les notables) étant juges et arbitres, parce que chefs de Sizaine, validèrent ma capture et me sommèrent de leur remettre le message.
 
Alors revint en moi, tous les récits de ma grand-mère, sur les résistants qui avaient refusé de parler afin de permettre aux amis de s’enfuirent et d’exécuter leur mission. Je fis semblant de prendre un papier dans ma poche pour leur remettre mais au dernier moment je fis le geste de le mettre dans la bouche. « Ça y est, on les tiens, c’est lui qui a le message, on va lui faire cracher » et ils y mirent les moyens, coups de pied, coups de poing, bras tordus toute la panoplie des tortures tolérées par l’abbé y passa. Plus ils frappaient, plus je pensais aux résistants, je devais en être digne, j’étais encouragé par le fait que tous les « Bérets rouges » étaient autour de moi, absolument persuadés qu’ils tenaient le vrai messager et qu’ils allaient gagner et écraser les « Fait Cacas », quand le bruit de l’explosion de pétards vint sonner le glas de leurs illusions, le fourgon venait de sauter. Le retour fut triomphal, nous les sans grades, les va nus pied avions tous conscience d’une « sorte de justice » tandis que les « bérets rouges » protestaient auprès de l’abbé parce qu’il était pas concevable que les « paras » soient battus par les fellaghas.
 
L’avenir allait leur démontrer qu’il était pourtant ainsi, ici comme en Algérie.
 



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