La Mort de ma Grand-Mère

 
J’ai débuté ma scolarité secondaire en 1960 à Clermont dans l’Oise, à cette époque, j’étais « en pension » chez mes grands parents paternels. Mon père et ma mère traversaient « une mauvaise passe », ils avaient voulu se rapprocher du pays de Nice, qu’ils avaient quittés alors que j’avais à peine quatre mois. De déménagement en déménagement ils avaient échoués à Saint Alban sur Limagnole, près de Saint CHELY d’APCHER en plein Gévaudan, pour eux, c’était déjà le midi.
Je devais donc effectuer ma sixième dans l’Oise puis, vraisemblablement, aller rejoindre mes parents car l’heure de la retraite approchait pour Maurice et le choix d’une nouvelle résidence se posait pour mes grands-parents. La maison de CLERMONT était d’une part trop grande, et d’autre part elle allait devenir trop chère en fonction de la diminution de leur revenus mais aussi parce que mon grand-père ne toucherait plus la participation au loyer que son administration lui versait du fait que son domicile accueillait le bureau « officiel » des contributions indirectes.. A cela s’ajoutait la nécessité de faire des travaux importants dans cette maison afin de l’équiper d’un minimum acceptable d’équipements sanitaires, ce que le propriétaire était près à concéder en contre partie d’une augmentation conséquente du loyer.
Pour mon grand-père le problème était simple à résoudre, la maison de VILLIERS dans l’Indre était leur seul bien immobilier, ils en étaient propriétaires et elle était assez grande pour eux deux, avec les économies faites sur le loyer, ils pourraient réaliser des travaux pour la rendre très confortable et il y avait assez de place pour faire un atelier, un jardin et un poulailler.
Il est certain que ma grand-mère n’était pas aussi enthousiaste que Maurice, le BERRY des chansons et de son enfance était une chose, la morne plaine et les marais de la BRÊNNE en était une autre. Habituée à faire ses courses, à pied, dans une ville commerçante, ayant vécue dans « le monde » à COLOMBES, ayant une « certaine  classe », elle se voyait mal aller s’enterrer dans un village d’une trentaine de maisons, où tout le monde, à part le curé et l’instituteur, était paysan, y compris des deux « épiciers- cafetiers ». , A plus de dix kilomètres du premier bourg civilisé, loin des commerces, de la pharmacie, du médecin, complètement dépendante de son mari puisqu’elle ne savait pas conduire.
Pour y passer les vacances ou des week-ends, la maison de VILLIERS lui convenait très bien, pour y vivre, c’était tout autre chose, elle n’allait pas tarder « à choisir ».
Ma grand-mère disposait, du fait de ma présence des délais d’au moins un an, mais quelques jours après la rentrée, j’ai eu la surprise de constater qu’elle n’était pas levée pour me préparer mon petit déjeuner. Popeye m’informa qu’elle n’était « pas très bien » et qu’il avait appelé le docteur.
De retour du lycée, je trouvais la maison « différente », mon grand-père discutait avec des voisines et avait l’air très inquiet, il me prit à part et m’informa que « Dédée » était dans une sorte de coma, je pouvais la voir, mais elle ne pourrait pas me parler. Le lendemain ma grand-mère fut transférée dans une clinique. Pépé n’était plus disponible, je fus hébergé, à la sortie du lycée chez des voisines, pour un soir, puis un deuxième, enfin, les choses allant très vite, je me retrouvais interne au lycée de CLERMONT.
Début Novembre ma grand-mère sortit enfin du coma, elle put me reconnaître lors d’une visite que j’effectuais à l’hôpital de COURBEVOIE où elle avait été transférée. J’étais heureux, elle allait guérir, la vie reprendrait comme avant, je quitterais l’internat et ce maudit cauchemar allait enfin se terminer. Mon enthousiasme était cependant modéré par l’attitude de Janine et de mon grand-père qui demeuraient très préoccupés, ma tante lâcha même cette petite phrase « Elle aura pu nous dire adieux ».
Le 12 Novembre 1960, un Samedi, nous avions bénéficié d’un pont à l’occasion de la commémoration de l’armistice, j’étais dans la salle à manger de CLERMONT avec ma tante Marcelle, ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que nous étions là à cause du téléphone au lieu d’être chez elle à LAIGNEVILLE. Lorsque la sonnerie retentit ma tante se précipita dans le bureau pour y répondre. J’ai eu alors un pressentiment, et lorsque Marcelle revint, quelques instants plus tard, la tête toute chavirée, ne sachant comment m’annoncer la nouvelle, je pris les devants en disant « Mémé Dédée est morte ».
 
Telle est la vie des hommes, quelques joies, très vite effacées par d’inoubliables chagrins.
Il n’est pas nécessaire de le dire aux enfants.
 
Marcel PAGNOL-Le Château de ma Mère.



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