Sonnez Trompettes,

Résonnez Hautbois !

 
Il y a une question que je me suis longtemps posée, comment ce fait-il, qu’ayant un père peintre et musicien, nous n’ayons, mes frères et moi, pas suivi le moindre apprentissage artistique ? Pire, plus tard mon père fit en sorte que Jean-Claude, mon aîné, ne puisse pas faire les beaux arts ?
Peut-être parce que la cellule familiale était en fait une « représentation permanente » de l’artiste officiel. Nous devions l’admirer, le voir dessiner, l’écouter jouer de la flûte mais jamais notre père ne nous a confié un instrument pour que nous essayions de jouer avec lui, jamais il n’a guidé ma main pour m’apprendre le dessin. Ce savoir exceptionnel, il n’a pas cherché, ou voulu, nous le transmettre.
 
 L’Art lui appartenait, il ne le partagerait pas.
 
Cela va vous paraître contradictoire avec ce que j’ai écrit plus haut, mais il ne serait pourtant pas juste de ma part de dire que mes parents n’ont pas essayé à un moment de me donner une éducation artistique et tenté de faire de moi un musicien. Il faut dire que j’étais, alors, un petit garçon qui avait tendance à s’isoler, à faire des bizarreries avec ses mains, j’étais dans mon monde, je me racontais des histoires certainement extraordinaires, tout en ayant quand même la faculté de me reconnecter à la réalité dès qu’on m’appelait.
Mon attitude pouvait tout à fait inquiéter mes parents, devenus depuis peu des professionnels de la santé Mentale, ce fut effectivement le cas.  La réponse, cependant, fut d’abord inadaptée puis franchement ridicule. Ainsi, pour « traiter » ce qui aurait pu être interprété comme une manifestation d’une psychose infantile, voire d’une forme d’autisme, ils ne trouvèrent de rien de mieux que de me signifier un interdit. Peine perdue, (bien entendu !) je continuais de plus belle à manipuler mes petits doigts devant ma bouche tout en émettant des bruits bizarres.
Il fut donc décrété, que j’avais sûrement envie d’être trompettiste. Et c’est ainsi que nous fûmes inscrits, Jean-Claude (qui n’avait rien demandé) et moi, dans une école de musique. En toute logique, comme il était dit que je voulais jouer de la trompette, nous fréquentâmes le cours de tambour, et, comme chacun sait, pour en jouer, il faut d’abord connaître le solfège par cœur. Nous n'eûmes jamais la patience d’attendre jusque là, et nous ne vîmes jamais, ni de près, ni de loin, la moindre peau des fesses du premier de ces instruments.
(Si j’avais eu le choix, j’aurai préféré être clarinettiste ! ! ! !).
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