Les Colères du Georges 

Le Téléphone du Georges

 
Les colères du Georges
Si Georges n’est pas dans les travers avec ses « bédigues et que vous le cherchez, vous le trouverez dans sa ferme  située sur la route du col à huit cent mètres de notre maison, autant dire pratiquement à la limite de la promiscuité. Parce que Georges, il est « spécial », avec Elie, mon beau père, il était régulièrement fâché, lui seul savait pourquoi, sa fâcherie disparaissait aussi mystérieusement et aussi brutalement qu’elle était venue. Un beau jour, après quelques mois de « mourre », il arrivât à pied un sac de jute à la main, se plantât devant Elie, assit sur son banc, sans dire ni bonjour ni bonsoir, « Tiens c’est pour toi, les chiens l’ont tué ce matin », et il repartit aussi sec. Elie, sans dire un mot, se levât, prit le sac, jetât un coup d’œil à l’intérieur avant de le porter à la maison. Au repas du soir, nous avons appris qu’il s’agissait d’un beau marcassin qui allait finir, en civet,  sur la table le dimanche suivant. Georges et Elie allaient de nouveau pouvoir se parler et boire ensemble quelques bons coups à la prochaine foire, ils étaient réconciliés, enfin jusqu’à la prochaine fois.
C’est sa façon d’aimer à Georges.
Le téléphone du Georges
 Au printemps de cette année, j’étais allé me balader juste au dessus de la maison, à la recherche de quelques « bannes » de cerfs, car c’est à cette époque qu’ils les perdent, quand j’ai entendu un coup de sifflet. J’ai levé les yeux, et je l’ai aperçu, une petite centaine de mètres plus haut, qui me faisait signe de le rejoindre auprès du troupeau, Une invitation de Georges, ça ne se refuse pas, c’est même interdit par le règlement. J’ai oublié de vous dire que Georges est berger, mais vous l’aviez sûrement deviné, car je sais que vous êtes futés. C’est même le dernier berger du pays. Vous n’aurez donc aucune peine à le reconnaître si vous le croisez, d’autant qu’il a la particularité, en période de chasse de « garder » avec le fusil. Pas pour le loup, lui, ça ne le gène pas, il n’est pas de ceux qui laissent le troupeau seul dans la montagne, ni pour la « Lèbre » comme dans la pastorale, non, lui c’est pour le « cochon », on ne sait jamais.
Ce n’est pas qu’il est curieux, Georges aime être informé afin de ne pas parler à tort et à travers. « Qu’est-ce que tu as mis sous tes grillages ? » en me désignant petites « cages » dans le Jardin. « Quelques plans de patates noires !!!, je les protège du chevreuil » » Alors il a bien rit, mon berger, « je m’en doutais, je m’en doutais » Moi, je me doute qu’il était déjà allé voir, les truffiers, il les repère à cent lieux à la ronde.
Nous étions là, à discuter des temps immémoriaux, où il récoltait ses quarante kilos de rabasses, qu’on lui payait une misère au marché de Richerenches (dit-il) quand je le vis s’immobiliser l’air grave. Il plongea sa main dans sa poche et en sorti devinez quoi ? Un téléphone portable. S’il y a bien une personne que j’aurai cru le dernier à posséder un tel engin, c’est bien mon Georges. « C’est la  Lucette (sa fille) qui m’avertit que la soupe est prête, tu vois, j’arrête le vibreur sans décrocher comme ça, ça ne me coûte rien »
Pas couillon le Georges.
Le fusil du Georges
Comme je vous l’ai déjà écris, Georges garde son troupeau avec « le fusil ». Ne croyez pas que ce soit une vielle pétoire inoffensive, le fusil du Georges c’est un Moser, un vrai de vrai de la guerre de 14 que son père a ramené du front avant de le faire transformer en arme de chasse par un armurier de Vaison la Romaine, De temps en temps, quand il est là haut avec ses bêtes, et qu’il voit arriver un « cochon » il le tire. Et ne vous faites aucun souci, à quatre-vingt ans passés, le Georges, il logerait encore une balle dans une assiette à plus de deux cents mètres. Qu’importe que la bête soit menée par une meute de chiens, du moment qu’elle s’approche du troupeau, elle est à lui. Aucun chasseur du pays, même le plus teigneux des blancs becs, n’oserait le contester. Faut dire que le Georges, il sait y faire, il n’a jamais pris de cours de théâtre, mais comme comédien, il est hors paire. « Je suis désolé, je sais que ça ne se fait pas de tirer un cochon devant les chiens des autres, mais il fonçait sur mon troupeau, Je ne pouvais pas faire autrement. » « Ce n’est pas grave Georges, c’est de notre faute, on n’aurait pas du le rabattre vers toi », « mais non je suis navré etc. etc. etc. ». Il faut attendre un bon petit quart d’heure de palabre et des milliers d’excuses réciproques avant que Georges ne se décide à proposer « l’arrangement ».  
« Bon, les chiens, c’est les vôtres, donc le sanglier est à vous, mais je suis à la société (de chasse), j’ai droit à ma part, comme c’est moi qui l’ai tué, je prends un cuisseau, quand vous l’aurez espélugué, n’oubliez pas de me le porter à la ferme ».
Un jour, alors que j’allais voir si le puit ne débordait pas, je l‘ai vu assis sur la margelle, lisant « La Terre », son Moser à coté de lui. Il m’attendait, comment savait-il que j’allais monter ? ça, mystère, mais bon, avec le Georges faut pas chercher. Je me suis assis à coté de lui, et de fil en aiguille, nous en sommes venu à parler « du fusil ».
« Georges, vous arrivez encore à trouver des munitions pour votre arme ». Alors, il a souri, m’a regardé et il m’a dit «  Avec les Allemands, y’a jamais eu de problème de service après vente, sont sérieux ces gens, en quarante j’ai passé commande, et bien crois moi si tu veux, mais ils sont venus me livrer à domicile » 
Ça vous fait rire ? Vous ne devriez pas, deux des livreurs ont tellement bien été accueillis, qu’ils seraient encore là, quelque part dans le champ de lavandes. Je vous l’ai dit, Georges n’a pas son pareil pour mettre une balle dans une cible à plus de deux cent mètres.



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