Quarante ans déjà !!

 
 
 Je me souviendrai toujours de ce Jeudi 1er Octobre 1970, il y quarante ans, mon père m’avait conduit à la gare Saint Charles à MARSEILLE, et le ton fut donné dès cet instant là. Des camions militaires attendaient à la sortie de la gare les nouvelles recrues incorporées à MARSEILLE et des « comités d’accueil » interceptaient les jeunes qui présentaient leur feuille de route aux contrôles des billets.
Je prenais l’air de celui qui était là par hasard, mais j’avais reçu moi aussi ma feuille de route 15 jours auparavant au retour d’un bref séjour en Italie: destination Nice.
Il suffisait de voir l’ambiance dans le train pour comprendre que ça ne servait à rien de faire semblant, nous étions des dizaines de jeunes, en civil, l’air emprunté, n’osant pas nous parler. Des militaires permissionnaires circulaient dans les couloirs en nous qualifiant de « bleus bite », se moquant de la « bleusaille » avant de nous annoncer le nombre de jours les séparant de la « quille ». Pour certains, elle était déjà arrivée, et ils chantaient à tue tête « zéro, zéro, zéro… ».
Les quelques « vrais » civils qui se trouvaient dans les wagons étaient des habitués, et ils nous souriaient plus ou moins gentiment, plus ou moins ironiquement.
Ce qui caractérisait la ligne MARSEILLE NICE, à cette époque, c’est qu’elle était jalonnée de villes de garnison. A chaque gare nous voyions descendre quelques uns de nos compagnons de route. Des wagons nous pouvions voir les camions militaires et les comités d’accueil venus les attendre. TOULON, VIDAUBAN, DRAGUIGNAN, FREJUS, à chaque arrêt sa fournée de conscrits allant au service militaire comme on va à l’abattoir.
Vers les neuf heures du matin nous sommes arrivés à NICE. Nous n’étions plus que quelque uns à rester dans le train, nous avons enfin osé discuter entre nous, et finir par découvrir que nous allions tous au même endroit, avenue des Diables Bleus, dans les chasseurs alpins.
Il y en eut parmi nous qui envisagèrent de descendre à ANTIBES et de se rendre en taxi à la caserne. Je ne vis pas l’intérêt d’entamer la petite cagnotte que j’avais constituée, préférant à la limite tenter de passer par le buffet de la gare de NICE pour éviter d’être « embarqué », mais une fois sur le quai, je constatai que je disposai de moins d’une heure pour traverser la ville à pied. Je passai quand même par le buffet pour éviter de me faire « cueillir comme un bleu », c’était le cas de le dire, mais une fois dehors je gagnais de moi-même les camions et montais à bord sans demander rien à personne.
 presqu-iles-france-1266198681-1134659.jpg En fin d’après midi, le circuit d’incorporation terminé nous nous sommes retrouvés dans la cour principale de la caserne, une nouvelle fois devant des camions, et c’est à ce moment là que nous avons appris que la compagnie d’instruction dont nous faisions partie, était dans une annexe, « à la DRETTE ».
Aucun d’entre nous n’en avait entendu parler, nous voilà donc embarqués sur une route grimpante au-dessus de NICE. A la sortie d’un virage je découvris sur notre droite la baie de VILLEFRANCHE et sur la gauche la station d’essence où je m’étais arrêté quinze jours plus tôt en revenant de mes vacances en Italie, pour faire le plein, juste au dessus du village d’ÈZE, et j’en avais profité pour admirer la vue magnifique sur la mer. Au moment de payer j’avais regardé derrière moi, il y avait un fort perdu dans la montagne avec un drapeau tricolore flottant au dessus. Je m’en étais étonné auprès du pompiste qui me confirma qu’il était toujours occupé et j’avais plaint  les pauvres gars qui devaient effectuer leur service militaire si loin de tout.
A peine le temps de reconnaître les lieux que nous avons emprunté un chemin derrière la station, c’est alors que j’ai réalisé que notre destination n’était autre que ce fort perdu.



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