Violette 1ère partie 1/6

 
Ce jour là, on avait bien bossé, Elie avait attelé sa vieille charrue au « petit gris », parce qu’on ne pouvait pas ramasser les patates autrement que comme cela, quarante ans que ça durait. Ni les griffons ni les modernes charrues réversibles ne trouvaient grâce à ses yeux. Pour arracher les pommes de terre, seule l’araire ancestrale, celle qu’il avait accroché dans sa tendre jeunesse à la mule de la ferme, pouvait faire l’affaire ! et surtout n’essayez pas de lui expliquer que… teuteuteuteu… !!!!!!..plus têtu que sa mule l’Elie. Pour le coup il fallait que l’un d’entre nous prenne la charrue en main et la maintienne fermement par ses deux mancherons. Comme d’hab., c’était au Denis que revenait cette lourde tache, deux, trois, quatre fois, il retournait la même rangée et nous poussions des cris d’admiration en voyant surgir comme des pépites d’or « les bintjes » les « Monalisas » et autres variétés de Patates. A la pause, nous avions étalé le « bourrasse » sous les tilleuls et « La Marcelle » avait descendu la « biasse » : saucisson, picodon, jambon, et la piquette faite maison à partir du mout de raisin de la vielle vigne. 
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Y’a pas à dire, mais c’était bon les congés, maintenant que je suis à la retraite, je n’y ai plus droit,  pareil pour les RTT, les fériés et le droit de grève. Bon mais là, je m’égare, peut-être l’effet des cinq ou six degrés de la boisson, en tout les cas, c’est pendant le croustet que « la Marcelle » lâcha cette petite phrase
 
-« Demain ce sera le 14 juillet, ça fera exactement soixante quinze ans que je n’ai plus vue ma cousine Violette ».
 
La cousine Violette, mais qui c’est celle-là, ??  Même le Denis ne l’avait jamais vu, tout juste en avait-il entendu vaguement parler. L’Elie par contre s’en souvenait, il était du même village et ils allaient en classe ensemble, elle était chez les petits et lui chez les grands mais il l’accompagnait sur une grande partie des six ou sept kilomètres qui séparaient leurs  maisons respectives de l’école. C’était le ramassage scolaire version 1920, les plus âgés attendaient les plus jeunes pour les aider à parcourir à pied et à travers la montage le chemin des écoliers qu’aucun ne tenait à rallonger plus que ça, surtout en hiver avec la neige. Il venait d’avoir douze ans lorsque ses parents ont quitté la ferme perdue dans la montée du col de la Contamine, pour venir s’installer dans un mas de l’autre vallée, à une centaine de mètres de la maison de « la Marcelle » où ils vécurent après leur mariage dans les années trente, jusqu’à leur mort au cœur de l’an 2000.
 
-« Mais où vit-elle cette Violette ? »
-« Toujours au même endroit ! Elle a épousé le fils Marcion  pour qui travaillaient ses parents. Elle est née sur le domaine, elle s’y est mariée, elle y a accouché et elle y est toujours, elle n’en sort pratiquement pas !!!! »
-« Et vous ne l’avez jamais revue ? C’est à peine à une vingtaine de kilomètres ! »
-« Jamais ! Mais parfois on s’écrit, c’est pour ça, que maintenant qu’elle est veuve, j’aimerai la revoir au moins une dernière fois, suffit de prévenir son fils, il a téléphone »
-« Et elle ? »
-« Ils ne l’ont jamais eu !! »
 
Et c’est comme cela, qu’après avoir pris contact avec son fils, nous sommes allé « visiter » Violette quelques jours plus tard.
(à Suivre)



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