L'Enfance-Violette
(cinquième partie-5/6)

 
 
La vie de Violette s’était déroulée ainsi, elle en parlait avec un certain détachement, presque volontiers, comme si elle n’avait été que témoin de sa propre existence. Elie, toujours très curieux, n’hésitait pas à poser des questions plus précises. Il faut dire que, natif du pays, il savait des « choses » sur la famille Marcion,   et ça ne lui déplaisait pas de voir confirmer ce qui n’était jusque là que rumeurs ou ragots de village.
-« Ah je m’en doutais, je le savais, on le disais mais je n’osai pas le croire, c’est pas Dieu possible au vingtième siècle, y’a en qui disait le contraire, mais à moi, on ne me l’a fait pas  etc. etc. etc.…. »
 
La Rochette 2007-07-13 (1).JPGLa Marcelle préférait évoquer leur enfance, lorsque les oncles et les tantes suivis de leur marmaille descendaient des montagnes jusqu’à la ville pour s’y retrouver le 14 juillet et regarder ensemble le feu d’artifice, assis au bord de l’Ouvèze, avant de faire un petit tour au bal . A minuit, on se séparait, chacun regagnant son logis, les hommes portant les enfants endormis, les femmes la lampe tempête, On se faisait peur, on parlait du loup, des « chauffeurs de la Drôme, de leur chef Bérurier, qui venait de se voir offrir un tour de manège sur la bascule à Charlot devant la prison de Valence.
Les familles de Violette et  de Marcelle faisaient route ensemble sur plus de la moitié du chemin, les fillettes avaient 10 ans  ce Mercredi 14 Juillet 1920, elles se donnaient la main, se promettant, l’année prochaine de revoir, d’autant, que la fête serait encore plus belle que d’habitude, on y inaugurerai le monument aux morts de la grande Guerre, c’est du moins ce qu’avait annoncé Monsieur le député Maire. Mais tu connais les paysans ? Ils peuvent rester des heures à parler de la pluie et du beau temps, ils ne te délivreront l’essentiel qu’au moment de se séparer. Et cette nuit là, arrivés à la croisée des chemins, au moment de se quitter, le père de Violette avait lancé :
 
·      « Pas sûr que vous nous verrez l’an prochain, à l’automne je prends le domaine des Marcion en fermage, ça fera trop loin »
·      « Mais je croyais que vous étiez brouillés !! »
·      « Le vieux est revenu me chercher, qu’est-ce tu veux, je connais le domaine, j’y ai travaillé assez longtemps, c’est un peu ma vie là haut, Violette y est née »
 
La Rochette 2007-07-13 (16).jpgLes gamines étaient trop fatiguées pour comprendre cela, ce n’est que le lendemain que Marcelle réalisa qu’il faudrait attendre longtemps pour revoir sa cousine, mais de là à imaginer que ce serait soixante quinze années plus tard…….
La famille Marcion était une institution dans tout le canton, et même au-delà, l’ancêtre, fils d’un maquignon, avait été Général d’Empire, excusé du peu. C’est lui qui avait fait construire la maison où demeurait Violette. A la restauration il avait juré fidélité au Roy, il n’avait pas eu à se renier pendant les cents jours car il était mort  entre temps d’une « attaque ».
Il avait néanmoins tracé la voie d’une longue lignée de militaires, mais grandeur et décadence d’une famille, ses descendants ne se montrèrent guère brillants dans l’art des armes, le père d’Auguste, n’était qu’un modeste capitaine en fin carrière à la déclaration de guerre de 1914. Ce fut sa chance, dès l’ouverture des hostilités il fut promu commandant dans l’intendance, où il se débrouilla fort bien dans l’achat et la fourniture des équipements au point de prendre sa retraite cette même année 1920 avec le grade de Colonel.
La Rochette 2007-07-13 (26).jpgCet homme avait au moins une qualité, il était lucide,  la comptabilité, le négoce , les tractations financières, il connaissait, Par contre la terre, et l’agriculture, c’était de l’Hébreu, sa famille avait toujours eu recours à des fermiers pour tenir le domaine, il avait décidé d’en faire autant, l’idée de faire appel au père de Violette était venue tout de suite, c’était un laboureur, meneur d’attelages, il savait tout faire dans une ferme, l’hiver, il montait vivre avec sa famille au domaine pour soigner les bêtes, remettre les harnais en états et autres taches. Les deux hommes s’étaient fâchés quelques années au paravent, mais la mort de leurs fils ainés respectifs le même jour au chemin des Dames les avait rapprochés.
(à Suivre)



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