Le fusil du Georges

 
Le fusil du Georges
Comme je vous l’ai déjà écrit, Georges garde son troupeau avec « le fusil ». Ne croyez pas que ce soit une vielle pétoire inoffensive, le fusil du Georges c’est un Moser, un vrai de vrai de la guerre de 14 que son père a ramené du front avant de le faire transformer en arme de chasse par un armurier de Vaison la Romaine, De temps en temps, quand il est là haut avec ses bêtes, et qu’il voit arriver un « cochon » il le tire. Et ne vous faites aucun souci, à quatre-vingt ans passés, le Georges, il logerait encore une balle dans une assiette à plus de deux cents mètres. Qu’importe que la bête soit menée par une meute de chiens, du moment qu’elle s’approche du troupeau, elle est à lui. Aucun chasseur du pays, même le plus teigneux des blancs becs, n’oserait le contester. Faut dire que le Georges, il sait y faire, il n’a jamais pris de cours de théâtre, mais comme comédien, il est hors paire. « Je suis désolé, je sais que ça ne se fait pas de tirer un cochon devant les chiens des autres, mais il fonçait sur mon troupeau, Je ne pouvais pas faire autrement. » « Ce n’est pas grave Georges, c’est de notre faute, on n’aurait pas du le rabattre vers toi », « mais non je suis navré etc. etc. etc. ». Il faut attendre un bon petit quart d’heure de palabre et des milliers d’excuses réciproques avant que Georges ne se décide à proposer « l’arrangement ».  
« Bon, les chiens, c’est les vôtres, donc le sanglier est à vous, mais je suis à la société (de chasse), j’ai droit à ma part, comme c’est moi qui l’ai tué, je prends un cuisseau, quand vous l’aurez espélugué, n’oubliez pas de me le porter à la ferme ».
Un jour, alors que j’allais voir si le puit ne débordait pas, je l‘ai vu assis sur la margelle, lisant « La Terre », son Moser à coté de lui. Il m’attendait, comment savait-il que j’allais monter ? ça, mystère, mais bon, avec le Georges faut pas chercher. Je me suis assis à coté de lui, et de fil en aiguille, nous en sommes venu à parler « du fusil ».
« Georges, vous arrivez encore à trouver des munitions pour votre arme ». Alors, il a souri, m’a regardé et il m’a dit «  Avec les Allemands, y’a jamais eu de problème de service après vente, sont sérieux ces gens, en quarante j’ai passé commande, et bien crois moi si tu veux, mais ils sont venus me livrer à domicile » 
Ça vous fait rire ? Vous ne devriez pas, deux des livreurs ont tellement bien été accueillis, qu’ils seraient encore là, quelque part dans le champ de lavandes. Mais de cela, Georges, il ne vous en parlera pas.
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