L'Entre deux Guerres

(Mémoires de Maurice RENOUX)

 
 
AU MARIAGE de Félix RENOUX avec Marcelle HENAULT.
 
Il me faut revenir en arrière, à l’époque où j’étais en traitement à PARIS. Mon frère Félix avait été fait prisonnier avec tout son bataillon à VAUQUIES en ARGONNE, en 19l5, il fut interné au camp de ZINCROU, près de la frontière autrichienne. Il travaillait dans une usine de pâte à papier. Beaucoup plus tard, dans l’été très probablement, je reçus une lettre de lui, dans laquelle il me disait qu’il venait de recevoir tout un lot de sous-vêtements et de chemises par l’intermédiaire d’un copain dont les parents étaient propriétaires du “café du cadran” à COLOMBES. Ce dernier, qui était déjà pourvu, donna le colis à mon frère. Mon frère me demandait d’aller remercier les donateurs du colis : c’était les propriétaires du salon de coiffure (M. et Mme HENAULT et leurs deux filles ; Andrée et Marcelle). Le salon de coiffure se trouvait en face du “café du cadran”. Je partis donc par le train pour COLOMBES et je me présentais de la part de mon frère. Je fus très bien reçu et l’on me fit monter à l’appartement pour pouvoir causer plus facilement.
Je vis donc mes futurs beaux-parents (qui furent aussi les beaux-parents de Félix). Je vis aussi leur fille Marcelle, et une “petite poupée Lucette” qui jouait sur les genoux de son grand-père maternel. On m’expliqua que son père (Mr. Julien TOUX) avait été tué le 4 Mai 1915 ; Coïncidence, je m’étais engagé ce jour-là.
Les vêtements envoyés étaient les siens, sa veuve Andrée (mère de Lucette) ayant voulu en faire profiter des soldats prisonniers. On m’invita à revenir un dimanche afin de voir toute la famille. J’ai donc vu, pour la première fois Celle qui devait devenir ma femme, mais j’étais loin de me douter de cela. Mon frère Félix avait de son coté envoyé une lettre de remerciements tellement bien troussée que Marcelle s’écria aussitôt “Je l’adopte comme filleul”.
De mon coté, je m’étais présenté en tenue militaire (et pour cause), vareuse bleu foncé, culotte et bandes molletières, grand béret, cape bleu horizon, avec mon bras en écharpe (blessure de Novembre 1916), et ma figure de gamin, (du fait que cela se passait en 1917, j’avais vingt ans), j’ai su plus tard par “Dédée” que j’avais fait “mon petit effet”.
J’eus probablement l’occasion de retourner à COLOMBES (mais je ne m’en souviens pas).
 Peu après l’Armistice du 11 Novembre 1918, j’appris que mon frère Félix s’était évadé le 4 Novembre avec cinq copains et la complicité de femmes allemandes dont certaines se marièrent plus tard avec des français. Me trouvant en permission à PARIS, je reçus un télégramme destiné à mon père. Comme il avait été expédié de LYON, je fis le rapprochement, je l’ouvris et j’appris que mon frère Félix été bien arrivé à LYON. Aussitôt je me rendis “Au Bon Marché” où travaillait mon père pour l’avertir. Pendant que je lui parlais, j’aperçus Félix qui arrivait. Il vint près de nous (et les collègues de mon père s’attroupèrent autour de nous). Félix raconta brièvement son Odyssée.
  Dès qu’il fut restauré, rue RAMEAU, il fit sa toilette à fond, et nous allâmes à COLOMBES. C’était le 18 Novembre 1918, Andrée se trouvait chez ses parents. Elle nous invita à venir dîner chez elle, un soir avec sa sœur. Nous fûmes particulièrement bien traités, Dédée avait encore des bouteilles de VOSNE-ROMANEE (BOURGOGNE) ;
L’ambiance fut excellente et explosive ! A la fin du repas, Dédée avait déjà pris une température très élevée. Elle voulait nous faire oublier la guerre en buvant, elle se prit au jeu. A cette époque, je tenais le coup, j’avais vingt et un ans, nous dûmes la coucher et placer une cuvette à coté d’elle. Je ris encore en écrivant cela, Pauvre Dédée !
          Le souvenir de cette soirée, rue DUROC, ne me quittait pas et je compris qu’un lien venait de se nouer, entre Dédée et moi.
Je rejoignis mon régiment, le 271ème Régiment d’Artillerie de Campagne, porté en ALLEMAGNE.
Félix et Marcelle se fiancèrent peu après, et ils fixèrent la date du mariage au 31 Mars 1919, je fus du mariage avec Dédée comme cavalière, et ce fut le commencement de nos amours. Après cette guerre qui avait fait tant de mal, nous avions l’un et l’autre un grand besoin d’affection. Félix et Marcelle eurent trois filles, Ginette, Madeleine, Claudie et prirent la succession du salon de coiffure de Monsieur et Madame HENAULT.
Avec Andrée nous échangeâmes une correspondance très fréquente. Je fus démobilisé le 13 Septembre 1919.
 
RETOUR A LA VIE CIVILE.
 
Avant de penser au mariage, je devais me refaire une situation. Je repris donc le chemin de la rue du 4 Septembre, chez DRAULT, (dentelles, broderies) avec mon ancien chef M. MICHEL. Le travail avait bien changé. La crise dans la Haute Couture commençait, les femmes élégantes avaient abandonné les robes vaporeuses en dentelles, pour le tailleur ou la robe simple en tissus légers, (crêpes de CHINE, foulards, etc. . .). Mes collègues, comme moi-même, ne retrouvaient pas le chiffre d’affaires d’avant guerre. Or, nous étions payés à la commission, sans aucun fixe.
Félix donc, après son mariage avec Marcelle, avait appris le métier de coiffeur. Il parla de ma situation à un de ses clients qui était chef de service à la “Société Générale”. Celui-ci lui conseilla que je fasse une demande pour entrer dans la banque.
Je reçus une réponse favorable et je fus affecté à l’agence d’ASNIERES où je fis des additions du matin au soir, c’était fastidieux. Peu après, je partis à l’agence située à PARIS, près des Halles aux vins. C’était une des plus importante, car il y avait de très gros clients, (raffineries, marchands d’apéritifs et de vins en gros, etc.). Je fus frappé par les dispositions prises contre les gangsters. A chaque guichet, il y avait un pistolet automatique, non visible par les clients ainsi qu’un bouton d’alarme. De plus une carabine se trouvait dans le bureau du Directeur, ainsi que dans le local de la comptabilité.
Un jour le directeur m’informa que je devais me présenter à la Direction des Agences de PARIS située rue EDOUARD VII. Je fus affecté au service “Escompte et banque”, le même immeuble contenait également la Direction des Agences de Province, les Renseignements Généraux et les Renseignements Financiers.
Nous étions répartis en sections comprenant six employés, hommes ou femmes, avec un chef de section. Nous avions un certain nombre d’agences à nous occuper. La partie “Escompte” consistait à enregistrer les effets de commerces “escomptés”. Il nous appartenait de vérifier si le “tiré”. , qui avait accepté une traite était honnête et jouissait d’un bon crédit. L’ensemble des renseignements permettait de connaître s’il s’agissait bien d’un achat réel et non d’une facture de complaisance.
Le ‘tireur” qui remettait ainsi des traites dites de “Cavalerie” était vite démasqué et son crédit dans les banques était coupé. De même le “tiré”, qui était complice, subissait le même sort. Avec un peu de métier on arrivait à déjouer toutes les astuces, car dans les clients il n’y avait pas que des honnêtes gens.
Je me fis inscrire aux cours de perfectionnement (cours de comptabilité, de droit, de banque, etc. .). Je fus affecté spécialement à l’étude des affaires présentées à notre groupe d’agences. C’était très intéressant.
Tous les renseignements recueillis étaient classés dans un dossier et résumés sur une feuille annotée par nos soins, puis transmise successivement à tous les degrés de la hiérarchie. L’employé était donc jugé au fur et à mesure des dossiers transmis.
C’est pendant mon séjour à la Société Générale que nous décidâmes, Andrée et moi, d’unir nos destinées.
 
MARIAGE D’ ANDREE HENAULT ET DE MAURICE RENOUX.
 
Andrée et moi, sentions bien tous les deux que nous ne pouvions plus rester seuls. J’étais bien habitué à Luce, car je venais le plus souvent possible rue DUROC, où habitait Andrée et sa fillette. En ce qui me concerne, le fait qu’Andrée ait un enfant n’était pas un obstacle, Luce me témoignait beaucoup d’affection, et quand elle apprit que nous avions décidé de nous marier, elle fut la première à s’en réjouir (elle avait alors six ans et demi).
Nous passâmes Andrée et moi, devant le Maire le 15 Février 1921.
 
Nous avons trois enfants ensemble.
Janine, née le 15 Septembre 1922.
Pierre, né le 29 Décembre 1923.
Claude, né le 03 Mars 1926.
                  
                   Notre mariage réjouit donc Lucette, du coté de ma belle-mère (Marguerite HENAULT) et de Marcelle, ce ne fut pas pareil, et bien souvent on me faisait des réflexions sur la différence d’âge (Andrée était née en 1892 et moi en 1897). Enfin cela se tassa, nous nous sommes donc mariés le 15/02/21, le 21 Septembre 1922 naissance de Janine (Nine). Je pus apprécier toutes les qualités de Dédée qui à cette époque était “ma petite bichette”. Elle m’avait appris à aimer la musique et nous sortions, (Félix nous obtenait de temps en temps des billets de faveur de ses clients). C’était notre Lune de miel ! ! .
En dehors de mon travail, je m’étais fait inscrire au Club d’Athlétisme de la Société Générale (ASG) et un soir je suis allé faire un tour au stade Jean BOUIN, je m’étais équipé sommairement, une paire de souliers de toile. Comme il y avait déjà sur la piste une douzaine de gars qui tournaient “au petit trot”, ce qui me paraissait lent, je voulus prendre la suite du peloton. Au bout de deux cents mètres je partis très...discrètement.!!
Une autre fois, je me dirigeais vers le sautoir en hauteur, e pris mon élan, et en “ciseau” je le franchis sans difficulté. 1,45 m ! , Je n’avais aucun entraînement, je savais que ce n’était pas un exploit, mais j’étais content !
  
         COMMENT JE FUS AMENE À PARTICIPER AUX JEUX    OLYMPIQUES !
 
C’est une histoire absolument authentique, malgré les apparences. Un jour un collègue vint me trouver, (il était au service des Renseignements Financiers). C’était la Société Générale qui assurait le service financier du stade de COLOMBES, construit spécialement en vue des jeux olympiques de 1924.
Le collègue me dit “Tu habites COLOMBES ? , Peux-tu me remplacer Dimanche prochain au stade ? , Tu toucheras une vacation de 20 Frs”. J’ai accepté, il m’expliqua ce que je devais faire, le Dimanche à 10h je fus placé par le chef des contrôleurs à une porte avec deux autres contrôleurs.
Les heures passèrent et je vis arriver à l’extrémité opposée un groupe d’une vingtaine de personnes avec en tête le chef des contrôleurs. Arrivé à notre porte il me dit simplement : ”Suivez-nous”. Je me demandais bien ce que cela voulait dire et nous arrivâmes au quartier des athlètes. Nous attendîmes un moment, puis après avoir discuté avec d’autres officiels, on appela les trois premiers des épreuves, parmi les étrangers beaucoup étaient repartis dans leur pays, c’est alors que l’on plaça derrière la pancarte de la délégation et des officiels, quelques gars comme moi. On forma le cortège pour faire notre entrée sur le stade olympique derrière les trompettes de la Garde Républicaine.
Nous en étions les premiers surpris et nous prenions tout cela avec un certain sourire. C’est probablement, depuis cette époque, que les récompenses sont remises aux athlètes aussitôt les résultats connus, ce qui est beaucoup plus juste et logique. Mes frères et ma famille furent au courant dès que je repris ma liberté. Je crois que le secret a été bien gardé, car je n’en ai pas eu d’échos et pourtant je n’avais pas rêvé.
C’est ainsi que pour le défilé, je me suis trouvé placé à coté de Charles RIGOULOT qui était en tenue de sapeur pompier de PARIS.
(RIGOULOT était Champion de FRANCE de lutte).
 
POURQUOI ET COMMENT NOUS QUITTAMES PARIS POUR LORIENT !
 
   Démobilisé le 13 Septembre 1919, j’ai donc épousé Andrée le 15 Février 192l. Lucette avait alors six ans et demi ; Janine est née en 1922, Andrée travaillant aux “Chèques Postaux” au Ministère à PARIS. Nous habitions rue DUROC, je travaillais à la Société Générale.
Un camarade de régiment, Émile LECOMTE, habitant BREST, vint nous voir rue DUROC et fit la connaissance de Lucette, Janine et Pierre (18 mois). Il nous dit qu’il était représentant de fabriques travaillant pour l’alimentation. Il me dit “Il est possible que je puisse avoir l’occasion de te trouver des affaires semblables aux miennes”. Quelque temps après, il m’indiqua qu’un voyageur en café d’un importateur du HAVRE, lui avait signalé qu’à LORIENT le représentant de sa maison était malade d’un cancer et qu’il voulait céder son “portefeuille” de suite. Les conditions me parurent intéressantes : 12000 Frs de fixe annuel, une commission moyenne de 3000 FRS, tous les frais de route payés (voiture, essence, restaurant) moi qui ne gagnait que 7200 Frs annuels. Cela m’incita à faire le voyage et à signer le contrat proposé. De plus, Dédée était tout à fait d’accord pour quitter PARIS : le logement au 1er étage ne recevait jamais le soleil, Pierre avait eu une congestion pulmonaire et avait été sauvé de justesse. Lucette était très fragile et l’est restée, finalement, nous étions tous les deux assez “emballés”, c’était de notre âge !
Je partis en Septembre 1924, après avoir donné ma démission à la Société Générale un mois avant. J’avais eu l’occasion de rencontrer dans les couloirs mon chef de bureau et il me dit “Je le regrette beaucoup, car vous étiez très bien noté, et vous auriez pu avoir une promotion. Je vous souhaite bonne chance, et rappelez vous ce que je vais vous dire : votre séjour dans le service a été une bonne formation qui vous suivra toute votre vie”, Même maintenant, je m’aperçois qu’il avait raison : en trois années j’avais appris beaucoup plus que depuis mon enfance. Cette pratique de la comptabilité commerciale, des questions juridiques élémentaires et de la simple rédaction de notes ou de rapports me servirent par la suite.
En Septembre 1925, Dédée (qui était restée à PARIS et attendait un poste de receveuse de 6ème classe) eut des discussions épiques avec le Directeur du Personnel de son Administration. Le Directeur prétendait qu’elle ne pouvait pas être employée en tant que receveuse, (or le travail était le même et plus facile encore dans cette catégorie en raison de sa spécialisation).
Excédée, elle saisit l’encrier qui était devant elle sur le bureau du Directeur et lui lança à la tête. Réalisant ce qu’elle avait fait, elle se confondit en excuses. Elle eut beaucoup de chance d’avoir devant elle un homme très humain.
Il lui dit : ”Étant donné votre état, (elle était enceinte de Claude), rassurez-vous, je vais faire passer cela pour un accident”.
Elle attendit encore quelques semaines et fut nommée dans la MAYENNE à ARUN, (où elle exerça pendant quelques mois), puis elle se mit en congés de maternité et vint à LORIENT dans le logement très vaste que j’avais trouvé. Ma Belle-Mère était déjà là et s’occupait des enfants, Lucette, Janine et Pierrot. Le 3 MARS 1926, naquit à LORIENT (BRETAGNE) Claude, André, je le reçus des mains de la sage-femme.
 
NAISSANCE DE CLAUDE, ANDRE RENOUX.
 
Heureusement, j’avais un tablier blanc pour aider la sage-femme. Le berceau n’était pas tout à fait terminé, je mis mon petit gars dans mon tablier en tenant de la main les deux coins du bas. Quand j’eus terminé d’arranger le berceau, je sortis mon petit bonhomme de mon tablier et le je mis dans son berceau. Quel doux souvenir pour moi, et comme je suis heureux de constater que la tradition s’est bien conservée. En 1973, à Saint VALLIER sur RHÔNE (DRÔME), autour du berceau de mon arrière petite fille Samuelle, j’ai revu un jeune papa (Pierre II, fils de Claude), très attentif et prévenant. Je suis convaincu qu’il en a été de même pour mes autres petits et arrières petits enfants.
Malheureusement ce bonheur fut vite gâché ! !!!
                 
 
                  DEPART DE LORIENT ET RETOUR A COLOMBES.
 
                   Nous dûmes quitter LORIENT : Le patron avant de savoir qu’Andrée viendrait nous rejoindre avait vendu son “portefeuille” et le nouveau patron était arrivé. Je sentis que je ne pouvais plus rester dans les mêmes conditions et qu’il était préférable de partir de bon gré. En attendant le Maire de LORIENT, qui dirigeait la Coopérative, me mit en relation avec le Comité de la 1ère Foire Exposition de LORIENT. Je fus adjoint au Commissaire Général de cette manifestation et j’avais un bureau dans les locaux du journal régional “L’OUEST-ECLAIR”. J’avais à recevoir les exposants, les artistes. Mais cela ne dura, hélas, que le temps d’une foire (un mois environ).
 
RETOUR A COLOMBES : Nous trouvâmes un logement dans les H.L.M, et je pris une représentation en attendant mieux ! .En 1927, mon frère Émile (qui avait quitté “Le Bon Marché”, pour les mêmes raisons que moi : Gains insuffisants), venait de prendre à son compte un commerce d’alimentation, rue de la GRANGE-BATELIERE, près du Faubourg MONTMARTRE. I1 en était très content. Par son intermédiaire, on nous proposa de reprendre un fond d’Hôtel Café Restaurant à FERE en TARDENOIS, Canton de deux milles habitants. La guerre de 1914/1918 avait laissé bien des traces. La reconstruction avait apporté au pays une ère de prospérité. Nous prîmes possession de la maison le 4 Septembre 1927.
 
NOTRE VIE A L’EP0QUE DE FERE en TARDENOIS (AISNE) de 1927 à 1935.
 
Nous prîmes possession de la maison à FERE en TARDENOIS, le 4 Septembre 1927. C’était le jour de la fête patronale (aussi avec nos prédécesseurs nous eûmes beaucoup de monde). Tout semblait aller bien, nous fîmes quelques transformations et améliorations dans le mobilier. Je m’étais installé “aux fourneaux”, comme mon frère Émile l’avait fait dans son commerce. Je me rendis compte qu’en soignant la cuisine on avait une clientèle assidue ; d’abord les jours de Marché et les autres jours avec les représentants et voyageurs de commerce. Nos prix avaient été remarqués, et une étoile dans le guide MICHELIN nous encouragea à persévérer, Andrée de son coté plaisait beaucoup par son amabilité et sa simplicité. Pendant quelques années nous fûmes très heureux. , Lucette était pensionnaire à l’École Supérieure de CHATEAU-THIERRY, Janine et Pierre fréquentaient l’école publique et travaillaient bien, quant à Claude (il avait un an et demi à cette époque), il restait avec nous, puis alla lui aussi à l’école publique.
Par la suite nos deux gars nous causèrent des émotions ; Un jour, un scieur de long était venu chez un voisin couper des bûches avec une scie mécanique. Claude était très intéressé et regardait de plus en plus près, à tel point que subitement, la scie lui tondit le dessus de la tête, lui faisant une coupe “Bressant”, (cheveux en brosse, sa mère s’en aperçut quelques instants après et lui demanda qui lui avait fait cela). Claude dit enfin la vérité. C’est tout juste si Andrée ne s’évanouit pas. Elle alla trouver le scieur ; il était déjà parti. Le lendemain il lui dit qu’il avait tellement eu peur qu’il avait préféré s’arrêter.
Une autre fois, c’est Pierre qui passa par la fenêtre de sa chambre pour aller chercher un objet tombé sur une verrière, il passa au travers en se tailladant fortement la cuise. Par chance l’artère fémorale n’avait pas été touchée.
 
Comment Pierre a, depuis son enfance, le tabac en horreur :
        
Entraîné par d’autres gamins il était aller fumer des cigarettes sous un ponceau, assez loin de la maison, Au bout d’une heure de recherches dans le pays, je le découvris et le fis rentrer à la maison. Il monta dans sa chambre, avant de l’enfermer, je lui dis, “Tiens, voilà des cigarettes puisque tu veux fumer ! Tu descendras manger quand ce paquet sera terminé”. Au bout d’un moment, je revins le voir, il avait bien fumé une ou deux cigarettes mais il avait compris la leçon et il a le tabac en horreur depuis ce jour mémorable. Aujourd’hui, il ne le regrette pas, car il a pu se rendre compte du mal que j’ai pu lui éviter ( ? !!).
 
Heureux souvenirs des enfants : de mes enfants et des enfants de mes frères.
 
 Mado, (par exemple) qui était venue passer quelques jours chez nous : La Grand-mère Marguerite (c’est àdire la mère d’Andrée et de Marcelle) avait offert à ses petits enfants (aussi bien garçons que filles) des tabliers semblables. Ces cousins ou cousines étaient du même sang, puisque les parents étaient deux soeurs mariées à deux frères. Les enfants se ressemblaient comme frères et soeurs. Les tabliers étant semblables cela augmentait leur ressemblance. Dès leur plus jeune âge, ils avaient été élevés ensemble sans s’occuper de leur sexe. Un jour, ma femme conduit deux ou trois petits pour leur faire faire “pipi”. Naturellement, les garçons s’alignent le long du mur, la petite Mado qui avait quatre ans s’accroupit, en se relevant elle ne put s’empêcher de dire “Tu vois Tata, moi aussi j’avais un petit robinet, mais on me l’a coupé quand j’étais petite”.
J’ai cité l’exemple de Mado car elle est morte en 1955, elle avait trente ans, elle donnait le biberon à son fils Jean-François MAUMY qui avait un an, et Mado attendait un deuxième enfant.
Jean MAUMY, le mari de Mado, par la suite a élevé son fils loin de toute la famille. Que sont-ils devenus?????.


LA MORT DE MON PERE, ANTOINE RENOUX.
 
Mon père, en 1930, était venu à PARIS, pour un baptême ou une communion. Il était venu également chez nous à FERE en TARDENOIS, pour passer quelques jours avec nous. Il faisait très chaud cet été là. Quand mon père reparti à CUNLHAT, i1 prit froid dans le train, probablement. Ma mère à son retour fut obligée d’appeler le Docteur. Il avait bien une bronchite, mais en plus une angine de poitrine. Ma Belle-Sœur Paulette, la femme d’Emile, qui était venu passer ses vacances avec ses enfants, au lieu de repartir pour PARIS, resta avec ma mère pour soigner mon père. Leurs soins furent impuissants et mon père nous quitta le 30 Septembre 1930. Ma mère profita de notre présence (Félix, Émile et moi) pour vendre la maison et les principaux meubles. Les autres meubles furent emmenés à FERE en TARDENOIS. Ma mère vint vivre avec nous, elle avait 67 ans, mais elle était encore bien valide pour son âge. Elle avait eu tellement des soucis et des chagrins (mort de mon frère Jean) qu’elle s’exprimait beaucoup par écrit à l’intérieur des livres (missels par exemple). Ne soyez pas surpris de trouver des phrases écrites par elle, à l’intérieur des livres (dans les gros dictionnaires, missels, etc.)
Mon père fut enterré à CUNLHAT, plus tard sa femme y sera enterrée à son tour, (morte le 30 Août 1938 à LONGPONT, inhumée en 1962 à CUNLHAT).
 
LE PRELUDE D’UNE NOUVELLE GUERRE.
 
C’est à cette époque que les politiciens du monde s’agitèrent de plus en plus. Jusque là, en ce qui me concerne, je ne pouvais imaginer qu’après une guerre aussi désastreuse pour beaucoup de nations, il pouvait se trouver des fous pour songer à employer la force en vue de conquérir le monde. En FRANCE en 1932, le Président de la République, Paul DOUMER est assassiné à l’occasion d’une exposition des Écrivains en vue. Cela était complètement inutile car la politique de la FRANCE était l’affaire du pouvoir législatif, le pouvoir exécutif ne faisait qu’appliquer les lois votées par le parlement. Il fut remplacé aussitôt par l’élection d’Albert LEBRUN.
Puis, aux élections qui suivirent normalement, les Partis de Gauche recueillirent la majorité des voix. Un nouveau gouvernement s’installa. Nos relations avec les pays voisins étaient excellentes.
Seule l’ALLEMAGNE se trouvait à l’écart et subissait les effets du Traité de VERSAILLES, après sa défaite, bien méritée en 1918. Des clans ne tardèrent pas à se manifester en ALLEMAGNE prônant plus ou moins ouvertement la Revanche, mais c’était nouveau, également la supériorité de la Race Blanche et des Aryens, dirigée contre les juifs. Ces mêmes théories étaient prônées en FRANCE par une petite poignée de “Camelots du Roy” dirigés par le journal “L’Action Française”... mais sans influence réelle!!!!
La Propagande “fasciste- raciste”. Ils’était produit un revirement dû à une propagande insidieuse dans les milieux bourgeois. A FERE en TARDENOIS, à l’occasion de la fête patronale, des jeunes gens de bonne famille étaient venus boire le Champagne dans la petite salle à manger, réservées pour des occasions semblables. L’un d’eux, jeune Allemand paraissait bien “correct”, il commença à s’énerver sous l’effet de quelques coupes. Il jeta son masque et s’écria.. provoquant: ”Nous avons dix députés au REICHSTAG (dix députés racistes), et Dimanche, après les élections, nous en aurons cent”. Effectivement, c’est ce qui arriva. Dans cette même période de vacances scolaires, un autre Allemand d’une quarantaine d’années était venu déjeuner au restaurant. Il m’expliqua qu’il était professeur à COLOGNE. Je lui dis qu’un de son compatriote était en ce moment dans la ville. Je m’offris de les présenter. Quand je revis le professeur, il me dit: “Attention, ce petit jeune homme est un fasciste, moi, c’est tout le contraire, je suis pour la Paix.” Je me mis à lire sérieusement toutes les informations politiques: les événements se succédèrent très rapidement.
En ALLEMAGNE, HITLER arriva au pouvoir en 1933 et continua à se livrer à une propagande effrénée et ne se cachait pas pour préparer ouvertement la guerre.
 
Comment je réagis devant ce danger.
 
J’appris que le gouvernement Français venait de créer des cours de perfectionnements pour les officiers et sous-officiers de réserve, afin de les tenir au courant des nouvelles méthodes de combat et armes modernes. Je me fis inscrire car je tenais à être au courant de ce qui se passait dans les milieux militaires et para militaires. Je pus constater par la suite que je n’avais pas tort de me méfier: Les officiers de carrière qui nous faisaient les cours étaient sincères, en revanche, certains officiers de réserve discutaient entre eux, sans se gêner, des mérites des régimes fascistes; il fallait d’après eux, maîtriser les forces de Gauche. Je pus par la suite me rendre compte que cette propagande intense nous préparait des désastres pour les Années 1940 et suivantes.
Il en était de même en ITALIE, MUSSOLINI préparait la guerre économique en attendant de préparer l’autre. Il négocia avec Pierre LAVAL, ministre des affaires étrangères. Pierre LAVAL signa de nombreux décrets et accords qui eurent des conséquences redoutables pour notre économie. C’est ainsi que notamment furent abaissés les droits de Douane sur les feutres à chapeaux, en provenance d’ITALIE.
Les événements se succédèrent avec rapidité au cours des années qui suivirent l’avènement de HITLER, autant en FRANCE, qu’en ALLEMAGNE et qu’en ITALIE.
 
NOS ENNUIS PROFESSIONNELS.
 
L’usine de FERE en TARDENOIS, qui depuis peu avait transformé son matériel pour fabriquer des cloches à chapeaux, fut touchée à mort. Les industriels italiens reprirent en mains le marché français. L’usine de FERE en TARDENOIS passa de quatre cents ouvriers à une trentaine, et le commerce local en supporta les conséquences. Pour compenser cette perte que nous subissions dans notre profession, je m’étais adjoint la représentation d’un importateur de charbon (des flambants polonais et des anthracites allemands)...mais, toujours à cause de la crise, le patron fut amené à supprimer les nouveaux secteurs qu’il avait crée quelques années avant.
Il ne me restait plus qu’à vendre ma voiture CITROEN B 14 et à chercher un autre travail.
A FERE, un de notre client, propagandiste de l’Action Française, se vanta d’avoir reçu des ordres préparatoires pour occuper le bureau des P.T.T à FERE. I1 n’eut pas le temps de recevoir d’ordre d’exécution, la riposte de la Gauche Unie avait arrêté cette tentative. Ceci pour vous dire combien les esprits étaient échauffés
 
Finalement, Andrée ayant obtenu un poste de Receveuse des Postes à LONGPONT (AISNE) nous revendîmes le commerce (1935).
 
DES EVENEMENTS TRES INQUIETANTS.
 
En Février 1934, ce fut l’émeute préparée depuis longtemps par les fascistes français, avec la complicité du Préfet de Police François CHIAPPE. le 67ème Régiment d’Infanterie de SOISSONS fut transporté d’urgence à PARIS pour occuper des points stratégiques et s’opposer aux factieux. Je l’ai déjà dit, les esprits étaient de plus en plus échauffés. Ce fut successivement la violation du traité de VERSAILLES, en rétablissant le service militaire en ALLEMAGNE, puis l’occupation de la rive gauche du RHIN en 1935. (L’Armée française était prête à intervenir mais nos alliés Anglais ne voulurent pas nous suivre. ..On laissa faire une fois de plus.)
 
Travaux sur la ligne MAGINOT
 
Dans les années précédentes, au cours de mes voyages (dans le secteur), que je faisais pour le compte de la maison de charbon, j’étais passé à plusieurs reprises dans la région frontière des ARDENNES et, notamment, avec l’un de mes fils. J’avais remarqué les travaux de fortification qui prolongeaient la ligne MAGINOT, dont les derniers ouvrages s’arrêtaient à MONTMEDY (Frontière BELGE). La ligne MAGINOT était une suite de fortifications françaises qui étaient sensées être infranchissables de la SUISSE à la Mer du NORD. Les nouveaux ouvrages étaient placés aux bons endroits , mais ils n’avaient pas de résistance ayant été construits à la hâte. Le Commandement (PETAIN en particulier) ne comptait pas qu’une offensive Allemande s’engagerait à travers la forêt des ARDENNES. Ils estimaient que la nature même du terrain suffirait à empêcher un ennemi de passer par l’endroit le plus difficile. Pour ceux, qui comme nous, avaient pu le voir, (Pierre et moi), en passant en 1937 dans cette vallée de la MEUSE, franchir cet obstacle paraissait, en effet , une très grande difficulté. L’Armée Allemande a fait la démonstration du contraire.
Revenons à 1937, les Allemands et les Italiens se lancent dans la Guerre civile Espagnole et ont une belle occasion d’expérimenter de nouvelles méthodes de combat.
En EUROPE, ces violations successives du traité de VERSAILLES émeuvent profondément les populations, mais les gouvernements ne se mettent pas d’accord pour opposer un front uni; Ainsi, la POLOGNE (qui fut très longtemps aux prises avec la RUSSIE des Tsars) se laissa intoxiquer par la propagande Nazie. Elle refusa toute entente avec la RUSSIE (URSS), toute protection. Elle refusa également qu’un plan de défense de son territoire soit élaboré à l’avance par les alliés, (la FRANCE, les ETATS UNIS, l’ANGLETERRE la BELGIQUE, etc...), Elle devait payer très cher la trahison de ses gouvernements dans les années qui suivirent. Car le 2 Septembre 1939 la POLOGNE sera envahie par les Allemands. Ce qui provoqua la Guerre.
 
Petite anecdote, J’ai signalé la nomination d’Andrée à LONGPONT, en tant que receveuse des Postes. (LONGPONT est un petit village dans l’AISNE, près de SOISSONS, et de VILLERS-COTTERETS), ceci en 1935.
                   Étant donc à LONGPONT en 1937, je fus amené à passer le brevet sportif.; Mon voisin, l’instituteur, (M. DELAVALLEE), avec lequel j’étais au mieux, m’expliqua un jour qu’il avait l’intention de faire passer le brevet sportif aux enfants, mais aussi aux autres catégories: 20, 30, 40 (quarante ans et plus), mais il se plaignait du manque de sportivité de ceux-ci.. J’avais en effet constaté que des jeunes gens de dix-huit ans avaient bien de la peine à sauter plus de 1,10 m, Autrefois, j’aimais sauter, je fis donc un essai et je franchis sans aucune difficulté, en pantalons longs, sans préparation , l’élastique. M. DELAVALLEE me dit “Vous devriez bien vous faire inscrire, cela les encourageraient... .peut-être”.
-“Si vous le croyez, je ne risque rien”.
Je ne craignais donc pas le saut même le lancement du poids, mais je craignais surtout le grimper et le 1000 mètres. Je réfléchis qu’il était beaucoup trop tard pour m’entraîner et je risquais de me fatiguer. Aussi, je fis des essais de 100 M sur la route, montre en main, à petites foulées.
Le jour des épreuves, je m’alignais dans le 1000 m, et , comme j’étais seul dans la quatrième catégorie, on me fit partir avec ceux de la troisième. J’avais ma montre dans ma main gauche pour pouvoir contrôler mon temps, je savais que nous avions trois tours de piste à parcourir, si toutefois on peut appeler “piste”, un pré où l’on faisait paître les bêtes !!!!..Les jeunes de la 3ème catégorie partirent comme des fous, à toute allure. Quant à moi, je savais que je devais m’échauffer pendant le premier tour. Au 2ème souff1e, c’est à dire au 2ème tour, tout se passait bien, aussi au 3ème tour j’accélérais l’allure, au point que je revenais sur les derniers du peloton de jeunes. A l’arrivée ceux-ci, (les trois ou quatre derniers) s’écroulèrent. Ils étaient arrivés dans le temps fixé.. .et moi aussi!!!.. C’était le principal.
Ceci se passait en 1937, étant né en 1897, j’avais quarante ans!
 
MON ENTREE DANS L’ADMINISTRATION.
 
Me rendant compte que cette instabilité politique n’était pas du tout favorable à trouver un emploi définitif, (le nombre des chômeurs augmentait sans cesse, et j’avais plus de quarante ans), je fus renseigné à temps sur la possibilité d’utiliser la faculté de solliciter un emploi réservé aux victimes de la guerre. C’était mon cas. La brigade de Gendarmerie de VILLERS-COTTERETS me confia le Journal Officiel traitant de cette question. Je choisis les emplois de deuxième catégorie, qui semblaient correspondre à mes connaissances.
Peu de temps après, je reçus une convocation pour passer un examen à BEAUVAIS (OISE). Je connus le résultat de cet examen quelques temps après. J’avais obtenu huit un quart sur dix. J’ai gardé le détail de cet examen dans un dossier. Je fus nommé le 16 Mars 1939 et affecté au Contrôle des Contributions Indirectes de MONTCORNET (AISNE) comme commis.
Entre-temps, le 30 Août 1938, ma mère (Mémé Louise pour les enfants) mourrait subitement dans nos bras après une courte indisposition. (Elle avait soixante-quinze ans). Elle fut d’abord inhumée à LONGPONT. En 1962, je fis exhumer ses restes pour les inhumer dans le cimetière de CUNLHAT (Puy de DOME) auprès de mon père.
 
 
 



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