Après la Guerre

Que sont-ils devenus ?

 
 
Après la Guerre.
 
Dans la matinée du 11 Novembre 1918, Maurice RENOUX prend position avec son régiment aux alentours de METZ en vue d’une offensive devant avoir lieu le 12. Les troupes ont commencé leur déploiement au plus près du front, lorsqu’un ordre annule l’opération. A quel niveau hiérarchique cette décision a-t-elle été prise ? Était-ce pour ne pas prendre le risque de perdre de nouvelles vies humaines inutilement ? A 11 heures le clairon sonna le cessez le feu. Quatre années de guerre s’achevaient et les survivants allaient essayer de reprendre une vie dite « normale ».
« La Grand-mère», Félicie,  décédera en 1928, peu après la « Tante »Elisa disparue en 1926, elles avaient vécu jusqu’à leur disparition chez  Antoine et Louise RENOUX. Elles furent inhumées au cimetière de CUNLHAT dans le Puy de Dôme. Antoine, le « père la pipe » les rejoignit le 30 Septembre 1930 après avoir cassé la sienne.
Louise  alla vivre chez son dernier fils Maurice, son caractère déjà très aigri ne s’arrangeât pas avec l’âge, elle se mit à écrire des phrases plus ou moins délirantes teintées de morale ou de patriotisme, dans des livres et dictionnaires ainsi que sur les lettres de JEAN qu’elle avait conservées. Elle n’admettait pas sa mort reprochant à Félix, « le fils indigne » de n’avoir pas été tué à la place de son cadet. Elle décédera le 30 Août 1938 à LONGPONT dans l’AISNE.
L’oncle François RENOUX, frère d’Antoine, exploitait avec son épouse Antoinette, un café restaurant “A la Comète”, rue d’ASSAS à CLERMONT-FERRAND, à deux pas de la place de JAUDE. D’autre part, il travaillait à la banque de FRANCE comme encaisseur, principalement les jours d’échéances et, en conséquence, il était très connu des commerçants et industriels de la place de CLERMONT-FERRAND. Cela lui avait permis de rendre de nombreux services à son frère, entre autre en lui trouvant du travail, ainsi d’ailleurs qu’à Maurice. Je ne sais rien de plus sur François, qu’est-il devenu après la guerre ? À quelques pas de la rue d’ASSAS à CLERMONT-FERRAND, il y a une rue et une place Hippolyte RENOUX, est-ce un parent ? La Comète accueille en son emplacement une banque, mais coïncidence, il existe toujours un restaurant portant ce nom dans la ville.
Emile vécu à CHATEAU-THIERRY, je pense qu’il a du y mourir dans le courant des années 60.
Le destin de Félix et Maurice fut très étroitement lié, pourtant, tout semblait opposer l’aîné, personnage roublard, coureur de jupons, flambeur, politiquement de droite, et son benjamin, homme droit, francs, honnête, dévoué, militant de gauche.
Maurice n’avait pas du tout le même caractère que son aîné, il brûlait d’impatience de rejoindre ses frères sur le front. De retour à CLERMONT FERRAND après la mobilisation, il s’inscrivit aussitôt dans une association “Les FRANCS ARVENNES”, société sportive et de préparation militaire. Le 4 Mai 1915, il s’engageât pour la durée de la guerre, et fut versé au 26ème Bataillon de Chasseurs à Pied, il connut les tranchées de l’Artois où il eut un pied gelé, puis jeune caporal, il se porta volontaire pour renforcer la 6ème brigade alpine sur la Somme, il intégra le 27ème Bataillon de Chasseurs Alpins, l’un des plus prestigieux à l’époque et qui le demeure encore aujourd’hui.
Il participa à la dernière grande attaque de l’armée française le 5 Novembre 1916, au bois de Saint Pierre Vaast, tentative de la dernière chance pour briser « les portes de fer » et de transformer la bataille de la Somme en véritable victoire.

3000 soldats de la 6ème brigade alpine montèrent à l’assaut ce jour-là, une erreur de « timing » fit tourner le combat en carnage, plus de 1500 soldats périrent ce jour là. Maurice en fit le récit dans ses mémoires.

Aller à l'attaque du 5 Novembre

Dans les courriers de Jean, il est fait allusion à mots couverts et à deux ou trois reprises à la situation de Félix qui était quant à lui un sacré personnage, celui par qui le scandale arrive encore et toujours, l’objet du « secret de la famille  dont on ne parlait pas devant les enfants ».
C’était plus qu’un secret, c’était une multitude de secrets dus aux turpitudes de l’Oncle.
Le premier d’entre eux, c’était l’existence d’un enfant « caché » qu’il aurait eu avant son mariage et qu’il avait cependant reconnu. S’il n’épousât pas la mère de son fils Jacques, il continua cependant de la voir et d’entretenir avec elle une liaison, dont seule la Tante Marcelle, son épouse,  n’était pas informée ou feignait de ne pas l’être.
Bien entendu les ardeurs amoureuses du Tonton ne se limitaient pas à une seule maîtresse mais à un certain nombre, ce qui lui revenait très cher. Il mangeât, comme on dit la boutique, en l’occurrence le salon de coiffure de son beau-père, et après avoir mené « grande vie » il se retrouva, toujours flanqué de la Tante qui ne voyait toujours pas plus loin que le bout de son nez, dans une loge de concierge d’usine à coté de CLERMONT de l’OISE, logement et emploi que son frère Maurice lui avait obtenu grâce à ses relations. Il continuait à faire quelques coupes de cheveux dans sa minuscule loge, pour arrondir les fins de mois.
 
L’oncle Félix pourtant, avait lui aussi tout pour réussir, il avait été sous officier de réserve dans la cavalerie avant la guerre de quatorze, ce qui n’était pas rien, et l’auréolait d’un certain prestige dans la bonne société, en en particulier auprès des dames. Félix une fois revenu à la vie civile, était devenu, comme c’était la tradition dans la famille, employé de commerce, mais il se montrât quelque peu « indélicat » avec la trésorerie de son patron, ce qui lui valut un court séjour derrière les barreaux. À sa sortie, il pensait avoir payer sa dette, mais l’armée, à l’époque était très soucieuse de l’honorabilité de ses sous officiers de réserve, il n’était point concevable qu’un repris de justice puisse porter des galons et servir dans une arme prestigieuse. Il fut donc dégradé et affecté dans un régiment d’infanterie de réserve connu pour y accueillir au sein de certaines de ses compagnies d’anciens taulards ayant par ailleurs accomplis leur peine.
 
Ce n’était certes pas les bataillons disciplinaires, cependant, il va de soi que les « gens honnêtes » ne  voyaient pas d’un mauvais œil le fait que l’armée utilise en premier des anciens détenus comme chair à canon. Sitôt sortis d’une « boucherie », ces soldats repartaient en subir une autre. C’est à ce prix qu’ils devaient racheter leurs fautes.
Un matin, Félix et une grande partie de son régiment eurent la surprise, en sortant de leurs casemates, de découvrir qu’ils étaient prisonniers, les allemands ayant occupé dans la nuit les positions qu’ils étaient censées défendre.
Les militaires allemands, plus intelligents que leurs homologues français comprirent très vite que « ceux-là » ne chercheraient surtout pas à s’évader, peu désireux de retourner au front après leur cavale. C’est comme cela que mon oncle et ses compagnons trouvèrent des « planques » en travaillant dans les fermes ou des usines allemandes près de la frontière autrichienne, ce qui était grandement préférable aux  camps de prisonniers.
Mais revenons à l’Histoire avec un grand « H » Le 2 novembre 1918 l’empereur d’Autriche abdique, le 3 le nouveau gouvernement autrichien capitule sans condition, se réservant juste le droit de protester si les troupes alliées pénètrent, comme elles en avaient l’intention, sur son territoire pour attaquer l’Allemagne. Et c’est le 4 que Félix, comprenant que la fin de la guerre était proche, décida de s’évader, avec la complicité de femmes allemandes (ces camarades pouvaient comptaient sur ses talents de séducteur) franchissant la frontière toute proche  en s’octroyant le droit de passage en Autriche que ce pays venait implicitement de reconnaître aux alliés. Est-ce aussi un pur hasard s’il ne revint en France qu’après l’armistice du 11 ? Ce qui est sûr c’est qu’il a pu se targuer du statut de prisonnier de guerre évadé.
Le 18 il arrive enfin à Paris, où il retrouve son jeune frère qui vient d’avoir une permission, c’est ce dernier qui va lui faire connaître le jour même Marcelle sa future épouse. »

Aller à l'entre deux guerres 

 Peu avant, le 31 Mars de cette année 1919, Félix avait épousé Marcelle, deux ans plus tard, le 15 Février 1921, Maurice devenait le beau frère de son propre frère en épousant Andrée Hénault. C’est ainsi que bien que tout les opposât, les deux couples restèrent très unis, leurs enfants  se considérant comme  frères et sœurs, ce qui était d’ailleurs vrai sur le plan sanguin.

Maurice trouva du travail dans une banque, tenta en suite une expérience malheureuse dans le commerce puis avec un tout peu plus de chance s’essaya dans la restauration avant d’entrer dans la fonction public et l’administration fiscale.
Il prit des cours réservés aux sous officiers de réserve, et c’est avec le grade de sergent chef des services auxiliaires qu’il fut mobilisé en 1938 pendant l’affaire de Munich. Le 23 Août 1939 il est de nouveau mobilisé, pour peu de temps car une loi libère des obligations militaires les pères de quatre enfants et plus.
Tout laissait supposer qu’il en avait fini avec l’armée, c’était sans compté sur son engagement patriotique. Après avoir vécu l’exode de 1940 où toute la famille fut dispersée au quatre coins de la France, il revint, une fois l’armistice signé à LONGPONT dans l’Aisne où il résidait. Sa première tache fut d’aller récupérer dans les bois les équipements militaires abandonnés par l’armée française en débâcle que les allemands n’avaient pas encore eu de temps de ramasser en raison de la rapidité de leur progression.
La résistance à l’occupant n’était pas une chose nouvelle, déjà en 1870, et pendant la guerre de 1914-1918 des civils français qui se trouvaient derrière les lignes allemandes avaient, au péril de leur vie livré des renseignements à l’armée française et s’étaient livré à des actes de sabotage.
 
Le soissonnais n’était pas un terrain favorable à l’action des maquis, mais la résistance armée se préparait en secret à la bataille de la libération, peu après le débarquement du 6 juin 1944, elle passa à l’action. Maurice dirigeait l’un de ces groupes de combat. Lorsque la jonction fut faite avec les Forces de la France Libre et les Américains, il s’engageât de nouveau pour la durée de la guerre avec le grade de lieutenant faisant office de commandant de compagnie (capitaine). Il eut cette particularité rarissime d’avoir ses deux fils sous ses ordres, leurs engagements les conduisirent d’abord  dans les Ardennes avant de participer au siège de la poche de Saint NAZAIRE, dernière portion du territoire français métropolitain à être libérée puisque les troupes allemandes qui s’y trouvaient ne déposèrent les armes que le 8 Mai 1945 quand l’Allemagne nazie capitulât.
De nouveau démobilisé en tant que lieutenant de réserve il fut décoré de la légion d’honneur à titre militaire.
Il reprit sa vie de contrôleur des contributions indirectes, jusqu’à sa retraite en Octobre 1960. Malheureusement Andrée, son épouse, décéda un mois plus tard, il partit s’installer à VILLIERS, un petit village de l’Indre, dans une maisonnette qui lui venait d’une tante de sa femme. Son sens de l’organisation ne tarda pas à le faire remarquer aux yeux des gens du village, il devint conseiller municipal puis Maire avant de démissionner pour raison de santé au environ de 1975, il vint alors s’installer dans une maison de retraite de l’Ardèche près de ses deux fils. Dernier survivant de la famille ayant participé à la guerre de 1914- 1948, (Félix étant mort au début des années 70) il disparut à son tour le 19 Juin 1983 à l’age de 86 ans, il repose désormais à VILLIERS auprès de son épouse.



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